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 Willard (Gel Morgan - 2003)

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Bunny Lake

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Messages : 310
Date d'inscription : 04/06/2009

MessageSujet: Willard (Gel Morgan - 2003)   Dim 2 Aoû - 12:33

Willard est un film de Glen Morgan, réalisé en 2003, un film que l'on qualifie trop hâtivement de série B. Basé sur le roman de Stephen Gilbert, Ratman's Notebook, ce conte noir a déjà été adapté au cinéma en 1971. Une suite, Ben fut réalisée en 1972 (avec une chanson de Michael Jackson s'attachant au personnage principal). Je le place ici et non pas dans la section des films d'horreur, car il relève à mes yeux d'un tout autre genre.



Un film Américain de Glen Morgan avec Crispin Glover, R. Lee Ermey, Laura Elena Harring, Jackie Burroughs, Kimberly Patton...
Genre : indéfinissable. Drame humain à tendance horrifique.
Durée : 1h40.
Année de production : 2003.
Sortie en salles le 17 Septembre 2003.


Willard, donc. Willard est un jeune homme qui vit dans une petite ville canadienne, dans une grande maison de style victorien.
Dans cette belle maison sombre, des fantômes. Celui de son père, decedé. Celui de sa mère, diminuée, qui entretient plus de ressemblances avec une momie qu'avec une mère aimante.
Parmi ces ombres trop grandes, trop présentes, Willard erre.

Willard est timide, voire timoré. Willard semble impermeable à tout ce qui l'entoure. Jamais un mot de trop. Même devant sa mère, dont il subit les cris, les moqueries, les crises terrifiantes de cette femme qui plonge peu à peu dans la folie.
Willard n'a aucun ami.
En sortant de sa demeure, tout de noir vêtu, comme issu d'une autre époque, il change de bourreau, en devenant le souffre-douleur de son patron, Frank Martin, ami de son père dont il a repris l'entreprise. D'ailleurs, si il le garde, c'est uniquement en sa mémoire, car Willard est, lui, un incompetent, un faible, sans aucune des qualités de son defunt père.
Ainsi se resume la vie monotone de Willard. Un aller-retour entre l'Enfer du travail et l'Enfer familial. Et Willard se tait, Willard se couche seul, Willard regarde le sol, Willard ne fait même pas attention aux gens qui l'entoure, pas même à la ravissante Cathryn, qui lui tend la main. Mais de toutes façons, Willard a oublié comment on faisait. Ce monde n'est plus le sien depuis longtemps.



Dans sa grande maison, Willard entend souvent des bruits. C'est peut-être le bois qui craque, cette maison est si vieille. C'est lorsqu'un soir, il entend les hurlements de sa mère, qu'il comprend que la cave, qu'il ne visite jamais, est infestée de rats. C'est toujours aussi apathique qu'il se rend en ville pour acheter de quoi tuer les petites bêtes.
Le soir suivant, Willard attend. Il a deposé, partout dans la cave, des papiers collants. A la lueur d'une bougie, il s'y rend pour voir si ses pièges ont fonctioné. Un petit couinement deseperé lui fait comprendre que oui, et Willard esquisse un sourire. Enfin, quelque chose, aussi infime soit-elle, s'est soldée par sa reussite. Mais le sourire s'efface quand il voit qu'à la place du rat se trouve une minuscule souris blanche.
Willard l'observe. Quelque chose qui nous sera inconnu l'émeut. Il sort de sa torpeur et ammène la petite souris avec lui pour la liberer, à l'abri dans la salle de bains. Willard est doux, Willard lui parle pour la rassurer. Puis la laisse libre dans la cave. Mais la petite souris le suit, grimpe sur son bras et se poste fièrement sur son épaule.

Ce tout petit geste est un detonateur. Pour la première fois de sa vie, un être, même si ce n'est qu'une souris, ne le fuit pas. Recherche sa compagnie. Willard l'emmène dans sa chambre, son antre que nul à part ses parents n'a visitée. Parce que ce petit animal l'a choisi, Willard lui promet, sanglotant, qu'il sera son ami, son meilleur ami, et qu'il ne laissera personne lui faire du mal. Alors qu'elle s'endort au creux de sa main, Willard lui donne un nom. Elle s'appellera désormais Socrate.



Bientôt, le jeune homme retourne à la cave, en compagnie de Socrate. Etrangement, à son arrivée, les rats sortent. Des rats dont le regard semble unique, un regard entièrement tourné vers lui. Willard prend l'habitude de s'y rendre. Là, il laisse pour la première fois libre cours à sa colère, à ses ressentiments. Mais quelque chose a changé : il se rend compte que les rats l'ecoutent, mais surtout lui obeissent. Il le sait desormais : à leurs yeux, il est important. Il existe. Il est quelqu'un. Et ce pouvoir particulier, Willard va désormais s'en servir.
Des petites vengeances anodines, comme crever les pneus de la voiture de son patron, la prunelle de ses yeux, son signe exterieur de richesse. Tout serait si merveilleux, si il n'y avait pas cet énorme rat aux yeux rouges, qui inquiète Willard. Un rat qu'il surnomme Ben. Et Ben, lui, veut être ami avec Willard. Peut-être même veut-il prendre la place du tranquille Socrate. Et le rat s'immisce de plus en plus dans l'espace dejà réduit de Willard.

Willard est d'abord un film de 1971 - et dont je peux moins parler, ne l'ayant pas revu depuis longtemps. Ce film, que l'on ne peut pas vraiment qualifier de remake, beneficie de la présence hallucinée du génial Crispin Glover (dont les propres névroses sont réelles). Bruce Davison, le Willard de la première version, comme un leg, devient le père absent, dont le portrait figure à l'entrée de la maison, en forme de clin d'oeil.
Si la version de 1971 est clairement ancrée dans les années 70, le remake se veut plus intemporel, avec une ambiance morbide. Ces films sont malheureusements designés comme de simples petits films de série B, sympathiques en soi, mais déconsidérés.
D'ailleurs, rares sont ceux à pouvoir les classer. Films d'horreur ? Film psychologique? Tragi-comédie ?



Pourtant, Willard est un vrai conte noir et déviant. Mais aussi jubilatoire. Willard, le personnage, n'est rien. Les gens agissent avec lui comme s'il était inodore, sans réelle présence. Son manque de volonté, sa façon d'attirer la pitié lorsqu'il se retrouve en état de faiblesse, n'arrange evidemment rien à l'affaire. Le monde entier semble lui pointer du doigt son père, idéal masculin, dont la peinture trône à l'entrée de la maison. Idéal, le jeune homme le sait parfaitement, qu'il ne pourra jamais atteindre. Willard donne des noms aux rats qui l'accompagnent, car son nom est la seule identité qu'il possède. Ce prenom, si important, il est pourtant aisé de l'en déposseder, et de ne faire de lui qu'une presence fantômatique, amputé de tout libre-arbitres , comme sa mère, qui réduit la vie minable de son fils à ce prénom, qu'elle a pourtant choisi à sa naissance, et decide soudain de l'appeler Clark. C'est un prénom tellement plus viril...

Le jeune homme ne peut échapper à son passé, à sa famille, à cette mère castratrice.
L'Amour n'est nulle part dans cette maison impersonnelle en dépit de sa grande beauté. Le tragique l'accompagne... quand sa mère l'appelle la première fois, Willard sourit timidement, comme un petit garçon. Quand elle lui tend les bras, ce sourire s'illumine : il a toujours la naiveté de croire, à trente ans, que sa mère lui ouvre les bras pour l'etreindre. Et quand ce sont des mots durs qu'il recoit, Willard ne peut que pleurer, en silence.
Aussi, cet être sans avis, malmené, trouvera quelque chose de beau , de solide, dans la présence de cette petite boule blanche qu'est Socrate. Ce petit animal va lui manifester de l'amour, de l'intêret. Une relation quasi fusionelle s'instaure entre ces deux êtres.
A son contact, Willard reapprend. Il réapprend le contact physique, il apprend l'amour, il apprend l'amitié. Et comme dans tous contes, cette relation est chargée de metaphores : Socrate est le coté doux, aimant de Willard. Son bon coté.
Quand Willard pense pour la première fois à l'idée de vengeance, à se dire qu'il est quelqu'un, qu'il a un amour propre, Ben fait son apparition.
Ben est le Diable. Caché,difficilement visible tant sa fourrure sombre le fond dans l'ombre. Dans cette ombre, deux grands yeux rouges sanguins. Ben, pour Big Ben, mais aussi le nom du père de Willard, est le côté negatif du jeune homme. Celui qui n'hésite pas à desobeir. Celui qui n'hésite pas à jeter un chat vivant dans une "meute" vengeresse de rats. Celui qui sait qu'il n'y a pas de chemin de retour, quand le pire est atteint.



Quand Willard imagine des plans, c'est Ben qu'il regarde. Et quand Willard hésite, c'est Ben qui agit à sa place. Ben sent que la mère est un poids ? Il la fait tomber dans l'escalier, grignote un bout de chair, et s'enfuit.
Ben est un envahisseur, dont les actions sont catastophiques : en perdant sa mère, Willard perd sa maison... mais egalement son travail. Dans l'esprit fragile du jeune homme, ce sont des épreuves dont il ne peut se remettre. Le point culminant de sa folie est atteint quand son patron assassine - car il faut bien parler de meurtre - le petit Socrate, dechainant la rage tapie sous l'apathie, les instincts meurtriers voilés sous un faux vernis social.

Le film tout entier est un portrait du jeune homme. Un portrait kafkaien. Une toile peinte qui se meut. Un film à trois facettes, sans concession, sur la vie et le destin cruel d'un jeune homme asocial, qui n'a pas trouvé sa place dans le monde, à qui on n'a pas laissé le choix. Il y a Willard, et Ben (le mal) et Socrate (le bien). Cette metaphore de la schyzophrenie n'est evidemment pas le seul enjeu du film. La maison est l'âme de Willard, le champ de bataille de sa névrose. Les rats sont Willard. Ils sont la representation physique de sa rage, de l' incomprehension de ce qui l'entoure. A mesure que cette rage grandit, les rats grandissent en nombre. Il n'y a pas une pièce, pas un meuble qui ne soit noirci par la presence de ces bêtes.



L'erreur de Willard sera d'imposer Socrate comme chef de la meute de rat... alors que Ben est vu, par ces mêmes rats, comme le leader incontesté. Willard vengera le meurtre de Socrate, en amenant, tel un général, son armée de rongeurs sur son ancien lieu de travail, et y mettre à mort son patron. Willard, devenu meurtrier, est enfin arrivé à l'ultime chapitre, celui où il ne peut plus faire marche arrière. Et quand bien même il le voudrait, les rats refusent. Quand Ben comprend qu'il a l'intention de les exterminer, pour en finir avec ce cauchemar où il se perd, Ben ne voit pas d'autres solutions que de se débarrasser du jeune homme.
Spoiler:
 
A mon sens, ces oeuvres méritent mieux que le simple label "film horrifique de série B".



Willard n'est horrifique que dans sa propension à montrer la réalité d'un être qui se dissous, un être seul, un incompris, prisonnier de cette apathie et de ses craintes. Un conte cruel et intimiste, une intropsection qui vire à l'alienation, une ville ou ne semble regner que la noirceur des âmes et la nuit eternelle. Un monde, un microcosme à l'image de son protaganiste, vivant dans le passé, avec des fantômes, ne voyant le monde qu'à travers sa propre névrose, frustré jusqu'à la douleur, condamné d'office.
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MessageSujet: Re: Willard (Gel Morgan - 2003)   Dim 2 Aoû - 13:34

J'avais effectivement remarqué ce film lors de sa sortie, par ses affiches...

En tout cas, bravo! Ta chronique donne vraiment envie de voir le film!
Jusqu'à ce que tu l'écrives, je pensais justement que ce personnage avait vraiment l'air "kafkaien"!
Tu en dis peut-être un peu trop, mais en tout cas tu présentes très très bien le film, qui effectivemet a été annoncé comme un film de série B.

Si je le vois, je comparerais ma vision du film à la tienne.
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MessageSujet: Re: Willard (Gel Morgan - 2003)   Dim 2 Aoû - 13:59

Il est clair que quand j'écris une critique, je ne donne pas seulement un avis, je parle de tout ce que j'ai ressenti devant ce film, des détails qui donnent des clés supplémentaires à sa compréhension. J'aime bien creuser les films que j'aime en profondeur.
J'ai bien conscience que ça peut déranger, j'ai pensé à mettre en spoiler la fin du film, mais pour la prochaine fois, je couperais certains passages au cas où.
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MessageSujet: Re: Willard (Gel Morgan - 2003)   

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